Aznavour encore

Aznavour encore * par GILLES RENAULT, le 9 septembre 2011

De retour à l’Olympia, le chanteur de 87 ans, dans une forme épatante, alterne nouveautés et reprises.

Lorsque Charles Aznavour **  retrouve l’Olympia, la légendaire salle parisienne où il débuta cinquante-cinq ans auparavant, c’est pour raviver le souvenir de Bruno Coquatrix qui, en coulisses, «sifflotait, les mains dans les poches». Le directeur emblématique ayant disparu en 1979, cela ne rajeunit personne.

Quiconque en déduirait qu’Aznavour commence à sucrer les fraises serait néanmoins à côté de la plaque. A 87 ans (trois mois et dix-sept jours), le chanteur patrimonial apparaît même dans un état de fraîcheur – artistique, physique et intellectuelle – insolent devant les quelque 2 000 inconditionnels qui, depuis mercredi, l’ovationnent.

Intro. Surjouant parfois la verdeur, le senior veille à préciser qu’il ne s’agit en aucun cas ici d’adieu aux armes. À preuve, le répertoire qui, pour un bon tiers, repose sur un tout nouvel album, titré sans fausse modestie – cela n’a jamais été le trait dominant du personnage - Aznavour toujours. Par delà un niveau couci-couça, on reconnaît les chansons inédites au fait que personne ne les applaudit au début de leur interprétation, contrairement aux «classiques», dont chaque intro est parasitée par cette manie pénible qui consiste à battre des mains en signe pavlovien d’approbation.

Va, Ce printemps-là ou Flamenca Flamenco ne feront pas date ; mais, au moins, maintiennent-ils l’artiste au présent, quand le style, lui, continue de se repaître de cette mélancolie sentimentale qu’il pétrit inlassablement («Nous étions deux ombres/ Amants éperdus/ Mais le bateau sombre/ Tu ne m’aimes plus»), sur des ambiances jazzy, latino ou tzigane, soutenues par quatorze musiciens au garde à vous – hormis un percussionniste qui, dans le dos du boss, fait le cacou en lançant en l’air son tambourin.

Lundi, Eddy Mitchell tirait ici même sa révérence, arguant, qu’à 68 ans (petit bras !), il ne se voyait pas continuer pour chanter faux comme Aznavour. Certes, la voix du patriarche connaît de notables défaillances ; mais elles sont compensées par une énergie bluffante, qui voit Aznavour sautiller et tomber la veste, assumant l’utilisation d’un prompteur pour mieux en remettre une couche sur le check up en quittant prestement la chaise haute où il a débuté la soirée : «Je peux encore tenir debout. Je ne suis pas un clone ! On a annoncé ma mort assez souvent. Je tiens à vous dire que je suis vivant et bien vivant !»

Bleus. Deux heures et 27 chansons plus tard, le salut est aussi sobre que le fut l’arrivée (snobant une standing ovation, il attaque d’emblée). Acquis, le public n’a pas prêté attention aux lumières moches (dans les bleus), préférant acclamer les Désormais, la Bohème, Emmenez-moi ou Il faut savoir (mais pas la Mamma…),pour lesquels il s’est saigné aux quatre veines – 75 à 200 euros, la communion.

* Sources

http://next.liberation.fr/culture/01012358730-aznavour-encore

http://next.liberation.fr/

** Charles Aznavour

http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Aznavour

http://monsieuraznavour.free.fr/index.php?op=edito

http://www.linternaute.com/biographie/charles-aznavour/

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