CHSLD : le modèle helvétique

CHSLD : le modèle helvétique *  par Chantal Vallée ** – Le 19 février 2011

(Granby) Pendant dix ans, le CHSLD Horace-Boivin et un centre d’hébergement de la Suisse ont maintenu un programme d’échange de personnel. Des employés pouvaient séjourner de l’autre côté de l’Atlantique pour exercer la même profession. Ces échanges ont permis aux deux établissements de mesurer les similitudes et les différences dans la façon de s’occuper des personnes âgées en très grande perte d’autonomie. La Voix de l’Est a reçu les directeurs généraux des deux établissements, tous les deux à la retraite, pour en discuter.

Dans les années 80, la Suisse venait au Québec s’inspirer de ce qu’on faisait ici en hébergement. Maintenant, c’est nous qui aurions besoin d’aller là-bas, estime Bernard Fournelle.

D’une part, il y a eu très peu de nouvelles places créées récemment dans les centres d’hébergement publics, note l’ex-directeur général du CHSLD Horace-Boivin qui regroupait les centres Notre-Dame, de Waterloo et Villa-Bonheur.

Bernard Fournelle estime aussi que l’approche alors utilisée au Québec, qui tenait compte des besoins psychologiques et sociaux de la personne, a été passablement mise de côté dans la foulée des fusions de centres d’hébergement avec les hôpitaux.

“Le bon Dr Couillard – alors ministre de la Santé – a tout saboté en fusionnant les hôpitaux avec les CHSLD“, estime-t-il. Les budgets vont toujours aller en priorité aux urgences, avant d’être investis en centre d’hébergement, croit M. Fournelle.

L’ex-directeur estime aussi que la culture hospitalière visant à soigner, guérir, parler de plans de soins et d’heures-soins l’a emporté sur celle visant à accompagner la personne en perte d’autonomie. C’est particulièrement le cas, selon lui, dans les régions où les centres d’hébergement ont fusionné avec des hôpitaux dont le budget était beaucoup plus imposant.

Jean-Marc Savoie, qui fut président du c.a. du CHSLD Horace-Boivin avant d’être le président du c.a. du CSSS de la Haute-Yamaska, ne partage pas sa lecture. Pour lui, c’est l’alourdissement important de la clientèle dans les centres d’hébergement publics, au cours des dix dernières années, et les nouvelles normes imposées aux établissements ajoute la directrice des communications du centre de santé Rollande Daudelin, qui ont changé la vie dans les centres.

La liberté

“Quand je suis entré en poste à Horace-Boivin –en 1986-, on prenait les gens en charge“, rappelle Bernard Fournelle.  Il a fallu revoir non seulement le langage, mais les pratiques. Diminuer les contentions, permettre aux personnes hébergées de descendre les escaliers, de traverser la rue pour aller à la caisse, même si ça augmentait les risques de fractures de hanches.

Une personne diabétique voulait manger de la tarte au sucre ? On ajustait alors  la médication.

Une approche qui existait déjà au pays des Helvètes.  “Ce que j’aimais de la Suisse, c’est cette propension à donner aux gens plus de liberté, plus d’autonomie“, rappelle Bernard Fournelle.

“Chez nous le résidant a même le droit de mourir“, ajoute Christian Lauener, qui a dirigé pendant 30 ans l’Établissement médico-social Clair Vully, situé dans le village de Salavaux en Suisse, jusqu’à la toute fin de 2010, moment où  il a pris sa retraite.  Il fait référence à l’euthanasie qui est légalement autorisée en Suisse, et aux organisations qui assistent les gens qui ont fait ce choix.  Ce qui n’empêche pas la question de soulever parfois des passions.

Un autre monde

Le personnel d’Horace-Boivin, qui a fait des séjours de travail en Suisse pendant la durée du programme d’échange (de 1993 à 2003), a pu constater la grande différence entre les ressources disponibles là-bas et ici.  Au lieu de compter un préposé pour neuf ou 10 patients, c’était un pour trois ou quatre dans l’établissement de M. Lauener.  Il n’est donc pas étonnant qu’une place dans un centre d’hébergement coûte deux fois plus cher en Suisse qu’au Québec.  La facture est partagée entre la caisse-santé, une prestation de l’État, et le patient.

Pour Bernard Fournelle, ce n’est pas seulement une question d’argent, mais d’importance donnée par le gouvernement à la population vieillissante.  “Le vieillissement, ce n’est pas une priorité qui est retenue ici.  On en parle, mais on attend je ne sais quoi“, indique M. Fournelle.

Le centre dirigé par M. Lauener héberge des gens en moyenne de 87 ans et plus en très grande perte d’autonomie, souvent confus, atteints de la maladie d’Alzheimer ou d’une affection apparentée.  Il est situé dans une région rurale où les sept villages regroupent un peu moins de 3000 habitants.  Souvent, le directeur se trouvait à accueillir des connaissances, ou d’anciens camarades de classe.  L’homme qui travaillait auparavant dans le commerce de devises, a beaucoup aimé accompagner des malades.  “Donner du bonheur aux autres, ça fait du bien.  Nos aînés peuvent encore nous apprendre beaucoup de choses“, fait-il valoir.  “Les gens confus, désorientés peuvent être très drôles.  On peut rire avec eux sans rire d’eux.  Les gens physiquement défaillants, mais dont l’esprit va bien, sont gratifiants“, retient-il.

Ce qu’il a moins aimé ? “Recevoir des directives étatiques de gens qui n’ont jamais mis les pieds dans un établissement“, dit-il d’emblée.

Il est fier du nouveau centre qui a été construit pour héberger les 48 résidants lorsque ces derniers ont dû quitter l’ancien bâtiment de 250 ans, qui ne correspondait plus aux normes de sécurité incendie.  “On nous impose des normes minimales avec des prix maximaux.  Ce sont des contraintes à vous arracher les cheveux.  Si vous voulez faire mieux, il faut que vous trouviez l’argent vous-mêmes“.  Ce qu’il a fait avec la Fondation de l’établissement.

Les employés ont été mis à contribution pour définir les besoins du nouveau centre.  On y retrouve une cuisine complète à chaque étage où l’on sert le déjeuner aux patients de 7h à 9h chaque matin, des portes coulissantes beaucoup plus commodes à manipuler pour les personnes en fauteuil roulant, et une immense verrière attenante à la salle à manger accueille les résidants pour les repas du midi et du soir.  La construction de ce centre d’hébergement de 48 lits a coûté un peu plus de 12 millions ; c’est, à quelques différences près, la somme allouée ici pour des centres d’hébergement d’une soixantaine de places.

Sources

* http://www.cyberpresse.ca/la-voix-de-lest/actualites/201102/19/01-4372038-chsld-le-modele-helvetique.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_B9_actualites_316_section_POS1

**http://recherche.cyberpresse.ca/cyberpresse/search/theme/cyberpresse/template/result?q=&fq%5B%5D=author%3AChantal+Vallée&sort=recent

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