Des milieux d’hébergement

Intervention faite dans le cadre d’une table ronde lors d’un Colloque de la Fédération des CLSC du Québec à Montréal, le 12 mars 1998,  portant sur la complémentarité probable et souhaitable des CLSC et des CHSLD.  Table ronde animée par Anne-Marie Dussault.

Mythes et croyances sur l’institutionnalisation des personnes âgées

En 1998,  le Québec institutionnalise moins les personnes âgées  qu’il ne le faisait en 1989 ?   Pas si sûr…..  c’est ce qu’on veut nous faire accroire pour se donner bonne conscience.

Il est évident que le Québec institutionnalise plus aujourd’hui qu’il ne le faisait il y a dix ans.  D’une façon générale, nous nous retrouvons dans une société à caractère unique: nous écoutons tous Céline Dion, nous allons faire nos emplettes, le samedi matin, au Club Price, nous buvons du Coke et Loto-Québec fait fortune avec nous.  Alors, il est où le problème de l’institutionnalisation des personnes âgées.

Il faut savoir que le taux d’institutionnalisation est fixé par les experts du Ministère de la santé et des services sociaux au gré des choix politiques.  On construit et on ferme des places selon les échéanciers électoraux.  Aujourd’hui, on parle de 5%, il a déjà été de 7% et ce pourcentage représente les ressources publiques d’hébergement.  Si nous ajoutons les ressources privées, nous parlons de plus ou moins 13%.

Il faut savoir que le taux d’institutionnalisation est fixé à partir d’une réalité comptable et financière, et que nous développons alors une théorie socio-communautaire pour justifier cette réalité.

Il faut savoir que dépendant des régies régionales, des périodes de l’année, de l’humeur d’un quelconque individu, du lobbying des autres partenaires; les CHSLD sont riches ou pauvres; en excédent ou en pénurie de ressources.  En bout de ligne, l’hébergement est toujours pondéré à son désavantage.  C’est plus glamour parler des urgences, de maintien à domicile que des milieux de vie institutionnelle.

Il faut savoir que tout choix politique comporte des objectifs avoués, publicisés et des objectifs inavoués, secrets.

Il faut savoir que tout choix de politique sociale a comme objectif de prendre en charge les dégâts causés par la politique économique en attendant une solution supposée venir automatiquement de la croissance constante du produit national brut.  Nos gourous, aujourd’hui, sont financiers.

On peut se faire accroire et se donner une belle jambe que le réseau public reçoit moins de clients (48 000 personnes  – 40%).  Mais le réseau privé a rapidement pris  la relève et est en sur-développement (72 000 personnes – 60%; une augmentation de  + 500% depuis 1989).  C’est quoi en bout de ligne la différence entre la Résidence ou les Appartements du Bel Âge, où l’on retrouve 150 locataires et le CHSLD de St-Honoré des Pompons, où l’on retrouve 150 usagers.  C’est le propriétaire qui vous prend en charge au lieu d’être l’intervenant.

Qui plus est, on institutionnalise à la baisse la notion du vieillissement.  Vous êtes maintenant dans l’âge d’or à 50 ans.  Vous avez maintenant accès à un modèle institutionnel à partir de l’âge de la pré-retraite.

Par contre, l’institutionnalisation tant décrié a le dos large.  La famille institutionnalise, l’école institutionnalise, le club de l’âge d’or institutionnalise, le club de hockey de votre enfant institutionnalise, votre voyage dans sud à tous les hivers institutionnalise.  Et nous pouvons continuer…

Notre société occidentale industrialisée est le royaume de la copie conforme et du caractère officiel.  Et depuis quelques années, on veut institutionnaliser la pensée.  Nous parlons maintenant de la pensée unique, à caractère néo-libéral sauvage.

Or pourquoi est-ce plus grave d’institutionnaliser les personnes âgées que de placer 300 enfants pensionnaires dans un collège privé durant l’élémentaire et le secondaire, c’est-à-dire, plus ou moins durant dix ans.

Historiquement, nous avons attaché la notion de ghetto à la réalité institutionnelle.  Là aussi nous devons constater une belle dérive de la pensée.  Ghetto pour ghetto, c’est quoi la différence entre vivre à notre Résidence ou à nos Appartements du Bel Âge, du domaine privé; ou dans le CHSLD de St-Honoré des Pompons, du domaine public ou d’être confiné à domicile depuis dix ans au troisième étage d’une maison de la rue Montana à Montréal sans ascenseur.

Nous devons reconnaître que le phénomène de l’institutionnalisation se développe parallèlement à l’éclatement de la cellule familiale traditionnelle et à ce que je sache, il n’y aura pas  de retour en arrière.

D’une façon générale l’ensemble des formes et des structures sociales telles qu’elles sont établies par la loi ou les traditions nous institutionnalisent.  Pas plus, pas moins les personnes âgées.

Ce n’est pas tant l’institutionnalisation des personnes qui est problématique:  ce sont nos moyens d’intervention qui doivent être revus.

Tant et aussi longtemps que nous considérerons le vieillissement et la perte d’autonomie comme des maladies nous nous enfermerons dans le débat de l’institutionnalisation, c’est moins engageant et exigeant.

Tant et aussi longtemps que nous évaluerons le vieillissement et la perte d’autonomie avec une grille d’analyse à caractère médicalisant nous évitons une remise en question de nos façons de faire et de notre pratique quotidienne.

Tant et aussi longtemps que nous aborderons le vieillissement et la perte d’autonomie sous un angle comptable nous nous laisserons entraîner à définir et à élaborer des plans stratégiques aseptisés.  La personne vieillissante et en perte d’autonomie deviendra des heures soins, un taux de satisfaction et un dossier unique et standardisé.

La Résidence ou les Appartements du Bel Âge, ou le CHSLD de St-Honoré des Pompons, ou le domicile peut être la réponse adéquate aux besoins de la personne.  S’imaginer qu’une réalité est supérieure à l’autre dans la gamme de réponse aux besoins de la personne vieillissante ou en perte d’autonomie, c’est  de s’enfermer dans un débat stérile et corporatiste.

La personne à la bonne place en fonction de ses besoins et de ses attentes.  Ce n’est peut-être pas glamour comme réponse, mais c’est notre « job » de répondre aux besoins et aux attentes de la personne vieillissante et en perte d’autonomie.

Une organisation – D’adversaires, les CLSC et les CHSLD sont devenus au fil des ans des partenaires.  À court terme, ils se devront d’être des complices.  Regroupement, rapprochement, intégration, fusion ne sont que la pointe de l’iceberg.  La prochaine réforme, au tournant de l’an 2000, devra intégrer le CHSLD et le CLSC dans la dynamique territoriale de la MRC ou de la communauté locale.

Une intervention – Du modèle traditionnel médico-hospitalier de l’intervention et de l’organisation des services de santé et des services sociaux, les CHSLD et les CLSC développent un modèle psychosocial de l’intervention et de l’organisation.  L’objectif ultime de nos organisations et de nos interventions est de maintenir la personne en équilibre bio-psycho-social dans son milieu de vie et dans son environnement.

La clientèle – Plus spécifiquement au niveau de la personne vieillissante et de la personne en perte d’autonomie, le défi conjoint est d’appliquer une mosaïque de services et de programmes qui permet à la personne de vivre le plus longtemps possible dans un milieu de vie répondant à ses besoins.  Une mosaïque de services et de programmes ne doit pas être identifiée à un continuum et encore moins à des étapes à franchir.

La « SANTÉ » – C’est un état d’équilibre bio – psycho – social de l’être humain avec lui-même et aussi avec le milieu dans lequel il évolue.

C’est la vision que nous devons avoir comme intervenants, gestionnaires et administrateurs pour répondre pleinement aux besoins des personnes âgées de nos territoires… À nous d’innover…   En sommes-nous capables ?   En êtes-vous capables chers collègues des CLSC ?

Mise à jour: le  1er août  2014

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