Un siècle fou – Vive les vieux !

Un siècle fou – Vive les vieux !  par Jean-François Lisée *

La population vieillit et on nous prévoit un chapelet de catastrophes. Mais le tableau n’est peut-être pas aussi noir qu’on nous le laisse croire.

La preuve est dans votre portefeuille: le vieillissement de la population a du bon. D’accord, vous n’avez jamais été enthousiasmé par la présence de la reine Élisabeth sur vos billets de 20 dollars. Mais si Liz II n’était pas si vaillante à presque 80 ans, reflétant ainsi la vigueur nouvelle des septua et octogénaires, c’est le prince Charles qui la remplacerait sur les billets. Êtes-vous aussi peu pressé que moi de vivre cette relève générationnelle?

Le vieillissement est déjà une réalité, les signes qui l’attestent abondent. On a bien raison de se désoler de l’hiatus dans la courbe démographique et de la faiblesse de notre taux de natalité, mais l’arrivée massive à la retraite de centaines de milliers de « bébéboumeurs » en pleine forme aura aussi pour effet d’améliorer notre qualité de vie à tous. Pourquoi ? Parce qu’ils ont des sous, du temps, des muscles et une soif de culture.

Des sous: les leurs et ceux que certains d’entre eux viennent d’hériter de leurs parents, qui quittent eux-mêmes la planète de plus en plus tard. Le budget consacré aux loisirs fera donc un bond. De plus, ils ont le temps de faire le tour des auberges champêtres, des couettes et café en région, des bons petits restos, des terrasses, des bistrots. Ils stimuleront une offre touristique plus forte et plus diversifiée. Des muscles: ils veulent davantage de parcs, de pistes cyclables, de pistes de ski de fond, de terrains de golf et de tennis. Une soif de culture: ils courent les spectacles, festivals, théâtres et concerts (mais trouvent parfois la musique un peu forte).

Ils ont de l’aide. En effet, ce ne sont pas seulement nos « bébéboumeurs » qui s’y mettent, mais aussi ceux des États-Unis, qui seront en vadrouille plusieurs mois par année et qui laisseront chez nous une partie du pactole. Ces mouvements de population auront des répercussions démographiques certaines. À Montréal, depuis 30 ans, le départ des jeunes familles francophones vers les banlieues a beaucoup contribué à la fragilisation de l’équilibre linguistique. Le retour des jeunes retraités dans les condos du centre-ville donnera du tonus à la communauté francophone. Idem pour le regain de construction lié à la nécessité de recevoir ces nouveaux citadins. Un recul de cette tendance n’est pas à craindre: le New York Times nous apprenait cet été qu’on assiste à un boom des divorces chez les plus de 60 ans. Une fois les enfants partis, les parents encore ardents – Viagra et hormones de substitution aidant – veulent faire un autre tour du parc amoureux avant le baisser du rideau. Et qui dit divorces dit relance de l’immobilier…

Il faut plutôt se préoccuper de la convergence de deux tendances du nouveau siècle: la retraite massive et le réchauffement climatique. Que nos voisins du Sud vivent encore une série d’étés torrides et ils reluqueront avec envie nos chalets et maisons de campagne, plus cool que ceux de la Géorgie et moins ciblés par les ouragans que ceux de la Floride. Ils feront exploser les prix.

En flânant sur nos bords de lacs ou dans nos villes, on devine aisément la présence de retraités à la quantité croissante de fleurs et de décorations sur les terrains et autour des résidences. Il y a du temps d’investi dans ces aménagements et de la couleur en prime dans nos vies. La profusion de décorations de Noël est à l’avenant.

Le temps étant la ressource la plus abondante des retraités, ils le consacreront aux activités de mentorat, de bénévolat, mais aussi à l’action politique – la moyenne d’âge des militants n’est pas à la veille de baisser, au contraire.

Certains des aspects les plus néfastes du vieillissement ont aussi leur côté salvateur. La pénurie de main-d’oeuvre adolescente, par exemple, frappera durement l’industrie de la restauration rapide. L’association américaine des restaurateurs annonce qu’il lui manquera 1,5 million de salariés pour répondre à la demande au cours de la prochaine décennie. Au McDo, les cégépiens seront graduellement remplacés par des grands-mères, plus maternantes et plus conscientes des bienfaits d’une saine alimentation. Lorsque le superviseur regardera ailleurs, gageons que certaines d’entre elles ne pourront se retenir de dire aux jeunes clients: « Es-tu vraiment certain de vouloir un chausson avec ça? Pourquoi pas une bonne pomme? »

* Jean-François Lisée est directeur exécutif du Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal ainsi que de PolitiquesSociales.net.

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