Villa Bonheur

Par Émile Roberge (Granby) – Le 31 mars 2012

Mon frère Gérard est décédé le mercredi 21 mars à Villa Bonheur, dans une chambre à trois.  Tout juste un petit passage de chaque côté du lit, passage trop étroit pour y mettre une chaise.  Il fallait demeurer debout ou s’asseoir au pied du lit, dans l’espace restreint menant aux deux autres lits… et cela pendant quelque seize heures d’agonie.  Imaginez la nuit pénible passée par les siens.  En soirée, nous étions huit entassés auprès du mourant.  L’un d’entre nous dut rester debout dans la porte des toilettes communes.  C’est inconcevable, inacceptable, inhumain et pour la personne qui s’en va, pour les siens et pour les patients voisins.  “J’appelle ça de la torture“ de dire Edmond Ferenczi, décrivant une situation semblable (cf – La Voix de l’Est, 24 mars).  Un médecin de Sherbrooke est venu visiter mon frère, le soir précédent sa mort; il a qualifié “d’affreux“ l’environnement de l’agonisant.  Il y a quelque trente-cinq ans, c’étaient mon père, pis ma mère, qui décédaient à Villa Bonheur, dans des chambres individuelles, un environnement plus paisible qui respectait leur intimité et le confort de ceux qui les accompagnaient dans les dernières heures de leur vie.

Le rapport de la Commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité recommande vivement l’accès à une chambre individuelle aux patients des soins palliatifs.  “Quoi de plus naturel“, dit le rapport.  C’est tellement évident qu’il me semble qu’il devrait être inutile d’en faire une recommandation.  Aussi M. Ferenczi souhaite que l’hôpital de Granby transforme “sans délai ses chambres pour deux personnes en chambres individuelles“.  (cf – La Voix de l’Est, id.)  À remarquer que ces chambres à deux lits des soins palliatifs de l’hôpital sont de loin plus convenables que celle où est décédé mon frère.

Je me dois d’ajouter que les infirmières et préposé(e)s de Villa Bonheur sont des personnes héroïques.  Le personnel est si restreint que leur besogne est devenue absolument harassante.  Une mission quasi impossible.  Et de les voir sourire à tous, distribuer des bons mots à droite ou à gauche, renseigner aimablement les proches des patients, ça ne peut que susciter notre admiration.  Elles sont les premières à subir l’incurie des décisions gouvernementales et régionales.

On parle depuis des lunes de rénover Villa Bonheur.  La première réponse concrète aux demandes de Granby s’est faite en février 2007, alors qu’on annonçait un montant de 2,6 millions pour ce faire.  Et l’on patine depuis.  L’an dernier encore, le projet de Granby fut retardé avec promesses que, dès le début de la nouvelle année des réponses arriveraient.  En 2012, on annonce encore des retards.  Quand donc cesseront les tracasseries administratives et politiques ? Oh ! je sais qu’actuellement des démarches sont faites.  Je sais qu’on se parle, je sais “qu’on a annoncé que des annonces s’en viennent“.  Mais des démarches, des pourparlers, des annonces… ça dure depuis 2007 et même avant. Quels moyens avons-nous pour crier notre indignation et faire crouler ces embâcles ?  Si l’on pouvait foutre dehors ces empêcheurs d’action, ces “casseux“ de projets.  Encore attendre !  Le temps n’est plus à l’attente, mais à l’action.  (La Voix de l’Est – Le 5 avril 2012)

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